La visée politique au sens de Castoriadis pense la liberté en termes d’autonomie, d’un se donner-à-soi-même-sa-propre-loi tout en sachant qu’on le fait, c’est-à-dire en toute connaissance de cause - l’hétéronomie consistant à se donner effectivement des lois en se cachant qu’on le fait, c’est-à-dire en s’imaginant par exemple que ces lois proviennent des Ancêtres, de Dieu ou même de la République en tant qu’entité abstraite ou séparée…
Or tout ce que j’écris dans l’hypertexte principal et ses blogs d’introduction devrait faire soupçonner ici même l’ambiguïté d’un tel concept d’autonomie au sens plein (même si nous nous tenons d’abord ici sur le simple plan des représentations). Ce que nous avons dit de la structure intime de l’hypertexte en tant qu’ensemble tissé de significations et de leur fonctionnement montre qu’un tel autos n’est pas envisageable sans inscription impérative d’une position extérieure à l’organisation de l’hypertexte, sans la marque d’une altérité, nulle signification opérante à l’intérieur de la Solution ne pouvant être saisie sans rapport à un dehors qui ne peut être simplement dehors mais doit se re-marquer aussi de l’intérieur… Le reste impensable que la pensée de l’autonomie essaye de récupérer au terme de ce regressus ad infinitum dans son exorbitant volontarisme n’est autre finalement que le rapport à une certaine loi interminablement extérieure qu’on pourrait associer au fonctionnement interne de l’écriture hypertextuelle. L’autonomie au sens strict pourrait nous sembler impossible en droit. Car l’axiomatiqu
e qu’on se donne sur le plan des significations dans l’écriture garde toujours un rapport irréductible à une extériorité reçue avant tout axiome imaginable, avant toute position calculable. Et cette extériorité rend seule possible ensuite le désir d’autonomie et de complétude en rendant paradoxalement inconcevable cette autonomie au sens radical.
Et pourtant il ne suffit pas de dire que la pensée de l’auto-institution de la société est invalide parce qu’elle présuppose toujours un rapport archaïque à une extériorité pré-cédante.
Le tout est d’abord de la savoir. Le tout est de le penser. De sorte que l’autonomie que l’on projette aujourd’hui est non pas pro-jetée dans un futur indéterminé mais dans l’actualité/virtualité d’une tension toujours en exercice : la tension qui se crée perpétuellement entre toute loi instituée et sa pré-cédance permettant de la concevoir est paradoxalement maintenue.
Mais surtout, il s’agit de faire valoir que le social-historique est instauration d’un type d’être irréductible à la subjectivité individuelle ou collective : celle précisément qui détermine rationnellement la nécessité d’une extériorité perpétuellement active dans le système (celle qui pense la relation de la cause à effet). Dans le cas d’une Société ou de l’Histoire, cette détermination intersubjective n’est pas opérante : société et histoire sont impensables comme ensembles d’éléments discrets ou identitaires selon l’expression consacrée de Castoriadis. De par l’implication circulaire ou l’inhérence réciproque qui a lieu à l’intérieur du social-historique en tant que création originaire, la logique mise en œuvre présuppose précisément ce qu’elle va créer.
L’organisation complexe des significations instituées rend possible un tel paradoxe, justement parce qu’elle échappe à la linéarité et à l’ordre de la logique des ensembles conventionnels.
Dès lors, la société est elle-même son commencement et ses présupposés. « Avant » la création social-historique, « il y avait » déjà ses présupposés. Il s’ensuit que toute question sur la signification dernière du social-historique ou sur le pourquoi des significations socialement instituées ( et dont l’écriture est la dépositrice partielle), est totalement dépourvue de sens. Car en définitive le statut circulaire du social-historique en tant que création et institution espt précisément l’espace de la signification comme tel, et il est impossible de chercher en dehors de cet espace une signification dernière, quelque chose qui serait comme la signification de la signification et qui n’aurait, n’en déplaise à Jürgen Habermas, aucun sens.
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